vendredi 30 juin 2017

Compte-rendu du Café littéraire #24

Ce 24ème et dernier café littéraire de la saison a rassemblé une douzaine de personnes à la Louisiane, dont quelques têtes nouvelles que nous retrouverons peut-être en septembre.

C’est Catherine qui s’est lancée la première pour nous parler d’un livre d’Alain Cuche, auteur franc-comtois, qui s’intitule Louise peut dormir en paix, certains témoignages de l'histoire restent enfouis au fond de malles abandonnées dans des greniers poussiéreux. Ce sont bien souvent des lettres ou des photos d'hommes et de femmes qui furent plongés dans le cahot d'une époque de guerre, de feu et de sang. Mais la découverte de Léon Delattre est d'une toute autre dimension. Cet ancien libraire tombe sur un ouvrage historique à la fois effrayant et inestimable. Un véritable trésor pour les scientifiques spécialisés dans l'époque du nazisme. Cependant, cette découverte met sa vie en danger. Les vieux démons rôdent autour de lui. Désormais, seul son jeune ami Vincent et Max, un ancien flic atypique, peuvent lui venir en aide. Elle trouve que le sujet, historique, est excellent, mais qu’il n’est pas assez approfondi par l’auteur, et que l’écriture est un peu facile… De la déception donc par rapport à ce livre…

Catherine a lu également Tu comprendras quand tu seras plus grande de Virginie Grimaldi, et là elle est beaucoup plus enthousiaste. C’est l’histoire de Julia qui débarque comme psychologue à la maison de retraite Les Tamaris, à Biarritz, elle ne croit pas plus au bonheur qu’à la petite souris. Pire, une fois sur place, elle se souvient qu’elle ne déborde pas d’affection pour les personnes âgées. Et dire qu’elle a tout plaqué pour se sauver, dans tous les sens du terme. Au fil des jours, Julia découvre que les pensionnaires ont bien des choses à lui apprendre. Difficile pourtant d’imaginer qu’on puisse reprendre goût à la vie entre des papys farceurs, des mamies fantaisistes et des collègues au cœur brisé… Et si elle n’avait pas atterri là par hasard ? Et si l’amour se cachait là où on ne l’attend pas ? C’est l’histoire de chemins qui se croisent : les chemins de ceux qui ont une vie à raconter et de ceux qui ont une vie à construire. C’est une histoire d’amour(s), une histoire de résilience, une ode au bonheur. « Un humour décapant, des personnages attachants et une profonde humanité. En le refermant, on n’a qu’une envie : se délecter des petits bonheurs qu’offre la vie. » Catherine a trouvé le livre très bien écrit et très drôle par moments. De quoi se réconcilier avec les maisons de retraite…

Rose-May, qui nous rejoignait pour la première fois, nous a parlé du livre de Gilles Legardinier, Ça peut pas rater, - J'en ai ras le bol des mecs. Vous me gonflez ! J'en ai plus qu'assez de vos sales coups ! C'est votre tour de souffrir ! Marie pensait avoir trouvé l'homme de sa vie, jusqu'à ce que son couple implose de façon brutale et scandaleuse. Anéantie, elle prend une décision sur laquelle elle jure de ne jamais revenir : ne plus faire confiance aux mâles et surtout, ne plus rien leur passer. Ni dans sa vie privée, ni au travail. On remet les compteurs à zéro. On renverse la vapeur. La gentille Marie est morte, noyée de chagrin. À présent, c'est la méchante Marie qui est aux commandes. Marie est remontée comme un coucou. Marie ne croit plus à l'amour, ce mirage source de tous les malheurs des femmes. Mais voilà, Marie a du cœur, une famille, des amies aussi tordues qu'elle et une soif de vivre qui n'a pas fini de la précipiter dans des plans impossibles. Et si, au-delà de ses illusions perdues, il était temps pour elle de découvrir tout ce qui vaut vraiment la peine d'être vécu ? Un livre que Rose-May a trouvé très drôle, et qui étonnamment est écrit par un homme. Un livre à mettre dans sa valise pour une lecture sur la plage…

Edith, quant à elle, a lu des livres plutôt sombres. Tout d’abord, La fabrique des pervers, de Sophie Chauveau, un roman qui fait froid dans le dos. Comprenant qu’elle était loin d’être la seule à avoir connu une enfance et une adolescence saccagées, Sophie Chauveau a enquêté pour dresser l’inventaire des victimes et des bourreaux de sa famille. La dynastie de pervers, qui commence avec le dépeceur du Jardin des Plantes pendant le siège de Paris, se poursuit sur trois générations. Unique par l’ampleur de ce qu’il dévoile, son témoignage sur l'inceste est d’une force inouïe. Voici le roman monstrueux d’une famille hors normes.

Le deuxième, La disparue de Capodi Feno, de Claude Dubois, est l’histoire un peu romancée de Sophie Arnoult, âgée de 23 ans, qui se trouvait sur l’île de Beauté avec un ami du pays de Montbéliard pour y faire de la randonnée. Son ami s’est blessé à une cheville au cours de la marche. Elle est partie chercher du secours. Jamais, elle n’a redonné signe de vie. L’armée a sondé le maquis. Des pistes. Des hypothèses. Mais jamais le moindre élément matériel. Edith est d’autant plus touchée par ce livre, qu’elle fait de la marche avec l’auteur et avec les parents de Sophie. Elle nous dit qu’elle préfère ne pas savoir la part du vrai et du romancé dans ce livre.

Noëlle nous parle d’un petit ouvrage qui avait déjà été évoqué il y a quelques années ici-même. Il s’agit d’un petit fascicule d’une dizaine de pages qui s’intitule Matin brun de Franck Pavlov. Matin brun raconte l'histoire de deux amis confrontés à un régime politique totalitaire : l'État Brun. Ils s'y soumettent sans se rendre compte du danger. Pourtant les règles sont déconcertantes, toutes en rapport avec la couleur brun. Tout a commencé avec les animaux de compagnie dont la couleur devait être conforme à l'état brun, puis cela a continué avec les uniformes bruns, le journal brun et cela s'est terminé par une descente de police au domicile du héros au cours de laquelle on peut imaginer le pire. Cette histoire est source de réflexion. Elle nous amène à nous interroger sur les règles auxquelles nous sommes soumis et sur notre devoir de résistance.

Sylvain, qui était déjà venu il y a quelques années, nous a présenté deux livres : L’homme des bois, de Pierric Bailly, qui évoque la mort de son père trois mois avant sa retraite, les circonstances de celle-ci, le parcours obligé des obsèques et des tâches administratives afférentes, la pudeur d'un homme à la fois sociable et secret, les liens qui l'unissaient à son fils. Le portrait d'un homme, mais aussi d'une génération dans les campagnes françaises, celle de travailleurs sociaux, militants politiques ou associatifs, à une époque. Pierric Bailly est un auteur franc-comtois, qui a mis son écriture très épurée au service de ce récit de deuil.

L’autre livre présenté par Sylvain est La coalition d’Emmanuel Bove. Louise Aftalion et son fils Nicolas reviennent à Paris. Veuve d’un perdant venu de loin pour échouer, mère d’un garçon sans vergogne qui ne la quitte pas et entretient ses dernières illusions, elle espère renouer avec sa famille et remédier à la gêne qu’elle sent poindre. Mais la faible compassion des uns conjuguée à l’insoutenable inconséquence du duo va vite contribuer à l’allègement dramatique de leurs finances. Avec ce génie narratif que personne ne dispute à Emmanuel Bove, La Coalition nous raconte, précis et cruel, la lente descente aux enfers d’inadaptés qui sont persuadés que le monde entier leur en veut mais que le pire est pourtant impossible. Ce roman à l’écriture ironique, écrit en 1927, vient d’être réédité.

Puis c’est Denis, fan de dictionnaires en tout genre, qui nous a présenté son Dictionnaire des mots obsolètes, intitulé Turlupinades et tricoteries, d’Alain Duchesne et Thierry Leguay. Un dictionnaire malicieux qui traite avec justesse toute une cartographie, celle de l'évolution des mœurs et des mentalités dont témoignent aussi les mots perdus... et ici retrouvés. Ce dictionnaire, édité chez Larousse, fait partie d’une collection fort intéressante sur la langue française.

Denis nous a également parlé du livre Mémoire de maîtres, paroles d’élèves, publié chez Librio. Les auditeurs de Radio France ayant fréquenté l’école, le collège ou le lycée entre 1950 et 1970 ont été sollicités pour « faire ressortir des traces, des témoignages représentatifs de notre mémoire collective ». Ces témoignages ont été rassemblé par Jean-Pierre Guéno. Cet ouvrage fait partie de la collection « Paroles de…. » qui fait parler des détenus, des femmes, des juifs, des exilés etc…

Françoise nous a fait passer un livre qu’elle a eu en cadeau et qui est magnifique. Il s’agit de La cuisine des fées de Gilles et Laurence Laurendon et Christine Ferber aux Editions du Chêne. Les recettes de cuisine ont la magie des contes. Gilles et Laurence Laurendon ont eu l'idée d'associer les deux dans ce livre où le merveilleux surgit à chaque page. Pour illustrer les passages gourmands tirés de Pinocchio, Cendrillon, Hansel ou Gretel, et autres histoires féeriques, ils ont fait appel à la fée des confitures, Christine Ferber, afin d'en imaginer les recettes. 75 recettes sont magistralement mises en scène par Philippe Model, créateur reconnu réalisant des décors pour des maisons de luxe. Photographe de grand renom, Bernhard Winkelmann contribue à l'enchantement du livre en capturant les étonnantes gourmandises dans son objectif.

Françoise nous a également parlé du mensuel gratuit Biocontact, distribué gratuitement dans les magasins bio, et qui depuis 1991, informe les consommateurs de produits bios sur les thèmes de l'alimentation saine, les techniques de bien-être et de santé, le respect de l'environnement.

Jean-Daniel a reçu en cadeau La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben. Les citadins regardent les arbres comme des "robots biologiques" conçus pour produire de l'oxygène et du bois. Forestier, Peter Wohlleben a ravi ses lecteurs avec des informations attestées par les biologistes depuis des années, notamment le fait que les arbres sont des êtres sociaux. Ils peuvent compter, apprendre et mémoriser, se comporter en infirmiers pour les voisins malades. Ils avertissent d'un danger en envoyant des signaux à travers un réseau de champignons appelé ironiquement "Bois Wide Web". La critique allemande a salué unanimement ce tour de force littéraire et la manière dont l'ouvrage éveille chez les lecteurs une curiosité enfantine pour les rouages secrets de la nature. Jean-Daniel a fait l’effort de le lire jusqu’au bout, mais il pense qu’il faut vraiment être passionné par le sujet pour apprécier pleinement ce livre.

Il a lu également Le revenu de base d’Olivier Le Naire et Clémentine Lebon. Libérale ou étatique, aucune des solutions tentées par nos gouvernements pour sauver un modèle devenu obsolète n'a abouti. La France compte aujourd'hui 5 millions de chômeurs, plus de 8 millions de pauvres et elle finance ses retraites par le déficit. Pourtant la plupart des candidats à l'élection présidentielle reviennent avec leurs mêmes vieilles recettes. Seule émerge une proposition originale : le revenu de base. Son principe ? Verser à chacun, de sa naissance à sa mort et sans condition, une somme qui lui permettrait de vivre une existence décente. Et d'exercer pleinement sa citoyenneté. Un sujet d'actualité dans un monde où le travail, la croissance et les carrières ne sont plus garantis. Cette proposition n'est-elle qu'une utopie ? En quoi pourrait-elle concrètement changer nos vies ? Pourquoi de plus en plus d'intellectuels, d'économistes, de politiques veulent-ils l'expérimenter ? Pour quelle raison ce concept est-il défendu à la fois par des libéraux et des altermondialistes ? Risque-t-il de fabriquer une société d'assistés ? Quelles sont les pistes pour le financer ? Sans parti pris, mais avec la conviction que ce débat doit enfin être mis sur la table, les auteurs donnent pour la première fois les outils clairs et précis afin de bien comprendre ce sujet complexe mais crucial. Et de permettre à chacun de se faire son opinion. En toute liberté. A réfléchir…

Enfin j’ai présenté deux livres qui m’ont fait passer un bon moment, d’une part Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent, que plusieurs personnes m’avaient incitée à lire, et je ne l’ai pas regretté. Employé discret, Guylain Vignolles travaille au pilon, au service d'une redoutable broyeuse de livres invendus, la Zerstor 500. Il mène une existence maussade mais chaque matin en allant travailler, il lit aux passagers du RER de 6h27 les feuillets sauvés la veille des dents de fer de la machine ...Dans des décors familiers transformés par la magie des personnages hauts en couleurs, voici un magnifique conte moderne, drôle, poétique et généreux : un de ces livres qu'on rencontre rarement. A lire absolument !

Lors du repas solidaire organisé par notre association, j’avais lu un extrait très drôle qui m’avait donné envie de lire le roman. C’est chose faite avec Saint Futile d’Alix Girod de l’Ain. Les articles d'humeur de Pauline Orman-Perrin, dite POP, dans le magazine Modelle, ont fait sa réputation de journaliste vive, rigolote et gâtée. Après un douloureux accident du travail dans une boutique à la mode et une rencontre -rêvée ? -avec Dieu, le sosie de Karl Lagerfeld, POP se voit confier la mission de donner du sens à sa vie, tant professionnelle que privée. Mais transformer une famille désordonnée et joyeuse en cellule d'accomplissement de soi et un magazine féminin en temple de la quête de sens, est-ce bien raisonnable ? Son mari et ses enfants, s'habitueront-ils à la personne d'humeur égale qui leur tient lieu d'épouse ou de mère ? Les rédactrices en chef de Modelle, malgré toute l'affection qu'elles lui portent, continueront-elles à employer une journaliste qui refuse d'écrire la moindre perfidie sur qui que ce soit. En un mot, la perfection est-elle supportable. ? Pour Pauline, la rédemption ne viendra pas d'en haut, mais des gens qui l'aiment et lui feront ouvrir les yeux sur un message cher au cœur de l'auteur : le futile, c'est utile, seule la légèreté a le poids suffisant pour équilibrer la balance de la vie. Un livre drôle à lire entre deux lectures plus sérieuses.

Le prochain café littéraire aura lieu le Mardi 19 septembre

Bernadette

mardi 23 mai 2017

Compte-rendu du Café Littéraire #23

Café littéraire très intime pour cette 23ème édition, puisque nous n’étions que huit. 

 Denis V. était venu avec le Bouquet des expressions imagées de Claude Duneton et Sylvie Claval. L'originalité de cet ouvrage, devenu un classique, est de traiter les expressions imagées en suivant un classement à la fois thématique et chronologique, qui permet de suivre l'évolution des perceptions, idées et sentiments qu'elles traduisent. Cette édition, revue, corrigée et augmentée par Sylvie Claval, qui œuvra aux côtés de Claude Duneton à la première, parue en 1990, comporte environ 3 000 nouvelles expressions, anciennes ou actuelles. La meilleure illustration qui soit des richesses inépuisables et de la vitalité permanente d'une langue qui ne cesse d'être inventive. Denis ouvre une page au hasard et nous lit les expressions qui reflètent une erreur, intéressant mais…. Quand Denis signale qu’il y a le mot sexe, les dames réclament quelques exemples, ce sera plus drôle ! En voici quelques-uns à la volée pour désigner le membre masculin, branche de corail (poétique), laboureur de nature (pourquoi pas), le doigt qui n’a pas d’ongle (heureusement) et bien d’autres encore… On a enrichi notre vocabulaire.

Anne-Marie a été séduite par Les chaussures italiennes d’Henning Mankell, sa plus belle œuvre, d’après le Nouvel Obs. A soixante-six ans, Fredrik Welin vit reclus depuis une décennie sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien et pour seules visites celles du facteur de l’archipel. Depuis qu’une tragique erreur a brisé sa carrière de chirurgien, il s’est isolé des hommes. Pour se prouver qu’il est encore en vie, il creuse un trou dans la glace et s’y immerge chaque matin. Au solstice d’hiver, cette routine est interrompue par l’intrusion d’Harriet, la femme qu’il a aimée et abandonnée quarante ans plus tôt. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient juste de recommencer. Le temps de deux solstices d’hiver et d’un superbe solstice d’été, dans un espace compris entre une maison, une île, une forêt, une caravane, Mankell nous révèle une facette peu connue de son talent avec ce récit sobre, intime, vibrant, sur les hommes et les femmes, la solitude et la peur, l’amour et la rédemption. Anne-Marie, qui vient d’apprendre qu’il existe une suite Les bottes suédoises va s’empresser de le lire.

N’ayant pas lu de roman exceptionnel ces derniers temps, j’ai apporté deux livres d’une collection très sympathique qui s’appelle Dictionnaire insolite de… aux Editions Cosmopole. J’ai acheté Le Vietnam et Barcelone, parce que ce sont deux endroits que j’ai beaucoup aimés, mais il existe bien d’autres lieux dans la collection. Le format dictionnaire permet une lecture fractionnée, on peut y grappiller en désordre, ou du moins dans l’ordre qui sied au lecteur. Les entrées sont pertinentes et les informations fournies sont riches et utiles. Ce ne sont pas des guides de voyage, car on n’y trouve pas de quoi se loger ou préparer une visite. Mais ils offrent néanmoins une préparation, plus intérieure, et des clés de compréhension au dépaysement. De petits livres à offrir ou à s’offrir.

Catherine souhaite nous parler du roman Les haines pures d’Emmanuelle Locatelli. Juillet 1945. Gabrielle, 26 ans, revient en Provence dans la ferme familiale qu'elle a fuie quelques années plus tôt. Elle y retrouve sa mère et sa sœur cadette, Louise, une jeune fille instable et fragile. Entre temps il y a eu la guerre, les souffrances, la Libération et la mort de ses voisins, les Roccetti, massacrés un jour d'été 1944. Lorsque débarque dans le mas des italiens un locataire un peu trop curieux, Gabrielle commence à s'interroger avec lui sur les étranges entrelacs qui semblent relier son entourage à cette tragédie. Un roman sombre et fascinant sur l'après-guerre, ses traumatismes et ses mensonges mais aussi sur les haines tenaces qui couvent dans le cœur des hommes. Emma Locatelli, écriture épurée et trame narrative parfaite, explore à la manière de Sébastien Japrisot et Philippe Claudel, la noirceur de l'âme humaine et les blancs de l'Histoire. Catherine a beaucoup aimé ce livre jusqu’à la page 375, mais n’aurait jamais dû lire le dernier chapitre qui l’a beaucoup déçue. Elle trouve que la fin n’est pas cohérente avec le reste du livre. A lire pour se faire une opinion…

Edith a lu la trilogie d’Elena Ferrante, et quand elle aime un auteur elle ne compte pas, elle lit toutes ses œuvres. Cette trilogie est un véritable phénomène littéraire. L'Amie prodigieuse, raconte le parcours de Lila Cerullo et Elena Greco, adolescentes inséparables. Avec elles, nous traversons les années 1960 à Naples, où le déterminisme social n'est pas un vain mot. Lila et Elena ont chacune leur méthode pour tenter d'échapper à la soumission patriarcale et à la pauvreté des bas quartiers. La brillante et provocante Lila abandonne l'école pour se marier avec un homme riche. Elena, elle, poursuit ses études et rompt avec le passé en quittant la ville. Edith nous dit que parfois il ne se passe rien pendant une dizaine de pages, que de la description, et pourtant on est fasciné. D’ailleurs elle ne résiste pas au plaisir de nous en lire un extrait.

Yvonne nous présente un livre de Leon Morell Le ciel de la Chapelle Sixtine. Marqué depuis sa plus tendre enfance par une rencontre avec Michel- Ange, Aurelio, un jeune paysan d'une rare beauté, se rend à Rome pour se mettre au service du plus grand artiste de son temps. À 33 ans, Michel-Ange s'estime davantage sculpteur que peintre ; pourtant, Jules II, le « Papa terribile » de la Renaissance, s'obstine à lui confier la décoration de la voûte de la chapelle Sixtine. Juché sur un échafaudage à 18 mètres du sol, sa barbe tournée vers le ciel et la peinture dégoulinant sur son visage, Michel-Ange réussit le tour de force de réaliser ces fresques qui feront sa gloire. Une prouesse qu'il doit essentiellement à l'indéfectible soutien d'Aurelio, sa muse, mais également à la réalisation en parallèle d'une mystérieuse commande qui pourrait bien lui coûter la vie : une sculpture de l'un des personnages les plus sulfureux de la cité éternelle. Sans jamais s'éloigner de la vérité historique, Léon Morell retrace la période romaine de Michel-Ange, quatre années durant lesquelles, entre jalousies et luttes de pouvoir, il aura su créer l'un des plus grands chefs d'œuvre de la peinture de la Renaissance italienne. Un roman haletant, à mi-chemin entre la biographie et le thriller, décrivant sans compromis l'ambiguïté d'une Rome entre grandeur et décadence. Yvonne craignait que ce soit ennuyeux, mais c’est un livre passionnant.

Enfin Céline a lu Petit pays de Gaël Faye, livre qu’elle a beaucoup aimé, mais dont nous avons déjà parlé lors d’une de nos rencontres. Gaël Faye, qui est aussi rappeur, doit venir prochainement à Rencontres et Racines. Elle espère qu’il fera une petite visite à la librairie. Céline a repris un livre plus classique Le livre de ma mère d’Albert Cohen. Peu de livres ont connu un succès aussi constant que Le livre de ma mère. C'est l'évocation bouleversante d'une femme à la fois "quotidienne" et sublime, une mère, aujourd'hui morte, qui n'a vécu que pour son fils et par son fils. Ce livre d'un fils est aussi le livre de tous les fils. Chacun de nous y reconnaîtra sa propre mère, sainte sentinelle, courage et bonté, chaleur et regard d'amour. Et tout fils pleurant sa mère disparue y retrouvera les reproches qu'il s'adresse à lui-même lorsqu'il pense à telle circonstance où il s'est montré ingrat, indifférent ou incompréhensif. Regrets ou remords toujours tardifs. "Aucun fils ne sait vraiment que sa mère mourra et tous les fils se fâchent et s'impatientent contre leurs mères, les fous si tôt punis." Un livre très beau, très poétique, d’après Céline qui nous en lit un extrait.

Bernadette

Le prochain café littéraire a été fixé au Mercredi 14 juin

mercredi 3 mai 2017

Compte-rendu du café littéraire #22

Nous étions une quinzaine de lecteurs pour ce 22ème café littéraire qui s’est tenu à la Louisiane.

Après un tour de table pour se présenter car certains venaient pour la première fois, c’est Yvonne qui a pris la parole pour nous parler d’un livre de Blandine Le Callet, La ballade de Lila K, livre qu’elle n’a pas pu lâcher. Elle n’aime pas spécialement la science-fiction et pourtant elle a adoré ce roman. La ballade de Lila K, c’est d’abord une voix : celle d’une jeune femme sensible et caustique, fragile et volontaire, qui raconte son histoire depuis le jour où des hommes en noir l’ont brutalement arrachée à sa mère, et conduite dans un Centre, mi-pensionnat mi-prison, où on l’a prise en charge. Surdouée, asociale, polytraumatisée, Lila a tout oublié de sa vie antérieure. Elle n’a qu’une obsession : retrouver sa mère, et sa mémoire perdue. Commence alors pour elle un chaotique apprentissage, au sein d’un univers étrangement décalé, où la sécurité semble désormais totalement assurée, mais où les livres n’ont plus droit de cité. Dans ce roman, on navigue entre deux mondes, un monde aseptisé et le monde d’avant (c'est-à-dire celui d’aujourd’hui).

Yvonne nous a brièvement parlé des romans qu’elle a traduits du néerlandais (sa langue maternelle) au français. Elle vient de terminer la traduction du roman Le combat de l’ombre après Un papillon dans la tempête deux polars de Walter Lucius.

 Edith, fan inconditionnelle de Philippe Besson nous a présenté son dernier livre Arrête avec tes mensonges, Barbezieux, 1984. Le lycée charentais, les adolescents en jean ajusté, la terminale C et, l'année prochaine, l'espoir de poursuivre des études à Bordeaux pour échapper à cette ville « vouée à disparaître ». Philippe a 17 ans et ne se doute pas encore qu'il deviendra écrivain. En revanche, il sait depuis l'âge de 11 ans qu'il préfère les garçons. Cet hiver-là, il tombe amoureux de Thomas. Une passion réciproque, un amour impossible mais inoubliable. C’est un livre plein de sensibilité et de souffrances qui a touché Edith. Deux époques différentes s’y côtoient, les années 80 et aujourd’hui.

 Catherine a lu deux livres qui lui ont plu, surtout parce qu’ils se passent en Franche-Comté et rappellent des endroits connus, comme la résurgence du Doubs. Le premier L’origine du crime de Sébastien Lepetit est un polar tournant autour du tableau de Courbet « L’origine du monde ». Une toile de Gustave Courbet volée dans un musée, un peintre qui meurt avant même d'être interrogé par la police, un trafic de faux tableaux, une veuve troublante à bien des égards... Mensonges et faux-semblants, ce n'est plus une enquête, c'est un casse-tête ! C’est là que le Commissaire Morteau entre en action, Morteau comme par hasard !

Le second est le livre d’Isabelle Bruhl-Bastien, Résurgence, l'histoire du destin croisé de deux femmes, Mathilde et Aurore. Cette dernière mène une double enquête en suivant son intuition et en écoutant son cœur fraîchement greffé. Elle revient ainsi sur l'histoire de Mathilde rencontrée dans une librairie quelques mois plus tôt. Aux prises avec de vieux démons enfouis, elle se retrouve dans un tourbillon d'intrigues qui la mènent de Lyon à Belfort, en passant par Nancy, puis Saint-Pétersbourg.

 Véro a été touchée par le livre de Philippe Torreton, Mémé, dans lequel il dresse le portrait amoureusement ciselé de sa grand-mère, Denise, femme de peu de biens mais de beaucoup de cœur. Ecrit sept années durant, le pouce sur l'iPhone, dans les trains, les avions, Mémé dessine à petites touches l'univers modeste de Denise Porte, la « Mémé Alain » de Triqueville, décédée en 2005. Un livre qui réveille des souvenirs en chacun de nous et qui ne peut laisser indifférent, c’est très bien écrit, ce qui ne gâche rien.

 Jean-Daniel montre le début du petit guide d’Audincourt préconisé par Robert, qui en a fait un prototype en écrivant les deux premiers chapitres. Robert rebondit sur cette présentation pour réaffirmer son projet.

Denis V. est volontaire pour s’attaquer à un autre chapitre. Avis aux amateurs…

 Pour ma part, j’ai apporté deux petits livres très drôles que l’on m’a prêtés. Le premier est de Thierry Maugenest et s’intitule Les rillettes de Proust et autres fantaisies littéraires, un petit livre désopilant, irrévérencieux, farfelu et littéraire à souhait. S'adressant précisément aux passionnés des belles-lettres et à tous ceux que l'écriture démange, Les rillettes de Proust se font fort de leur délivrer moult conseils avisés afin d'obtenir le label tant convoité de "grantécrivain". Résultat : cinquante "fiches-conseils" pour apprendre à taquiner la Muse, en trouvant aussi bien le "mot juste" qu'en évitant pléonasmes et adverbes inutiles.

 Le second Cher auteur… de mes jours infortunés est de Jacques Géraud. Vingt-quatre personnages, très divers et pour la plupart très connus, douze de chaque sexe, de Julien Sorel à Meursault, de Phèdre à Zazie, de Molloy à Jean Valjean, de la Blanche-Neige du conte au Corbeau de la fable, prennent tour à tour la plume pour dire à leur auteur, familièrement tutoyé, tout le mal qu’ils pensent de leur rôle, leur état, leur emploi, leur destin ! On sourit et on compatit à la lecture de ces missives essentielles à la compréhension de la littérature selon saint Lagarde et Michard. Et vous suivrez les vingt-quatre personnages sur le chemin où ils jouent à s’inventer une deuxième vie. De plus ces opuscules sont joliment confectionnés "à l'ancienne", en papier velin dont les pages ne sont pas massicotées.

 Denis V. a apporté une nouvelle revue trimestrielle qui s’appelle America, revue consacrée à l'Amérique des années Trump vue par les écrivains. Si America ne veut exister que pendant les années de l'administration Trump, la revue ne se présente pas cependant comme une revue d'actualité politique. Clairement, elle proposera des reportages, des enquêtes, des grands entretiens et des chroniques, le tout "signé par les meilleurs écrivains français et américains", indique François Busnel dans son éditorial. America salue dans son premier numéro Sinclair Lewis, Bret Easton Ellis et Philip Roth, trois auteurs américains qui "nous avaient bien dit" dans leurs récits qu'un président comme Donald Trump serait élu.

 Françoise dont c’était le premier café littéraire, nous parle avec enthousiasme du livre de Guillaume Gallienne et Laura El Maki Un été avec Victor Hugo, passer un été avec Victor Hugo ce n'est pas seulement se reposer à l'ombre d'un géant mais aussi voyager en sa compagnie, aimer jusqu'à l'épuisement et partager son sens de l'humour loin de l'image scolaire. Ce livre présente l’auteur sous toutes ses facettes, et Françoise nous dit que dès qu’on l’a posé, on a envie de se replonger dans les œuvres de ce grand auteur.

 Denis F, de retour parmi nous après une longue absence, ne résiste pas au plaisir de nous lire un passage du livre Les rillettes de Proust, qu’il était en train de feuilleter. Il s’agit d’un passage de « Roméo et Juliette », traduit par un ordinateur. C’est là qu’on mesure toute l’importance du traducteur, et du travail effectué par notre amie Yvonne. Sinon il a lu ou relu Cesare Pavese, le 27 août 1950, dans une chambre de l'hôtel Roma, à Turin, Cesare Pavese se tuait en absorbant une vingtaine de cachets de somnifère. Sur ce suicide, il n'y a pas de meilleure explication que le journal intime découvert après sa mort Le métier de vivre. Denis trouve que ce livre n’a pas pris une ride et qu’il est très actuel. Il nous parle encore d’un livre plus philosophique Liens qui lient, liens qui tuent de Jean-Claude Maes, un livre sur l’emprise et ses dérives. L’ouvrage, sérieusement documenté et dénué de bavardages inutiles ou ennuyeux, apporte une multitude d’informations. Sa réflexion stimule par la confrontation dynamique des nombreux modèles qui s’y trouvent convoqués. Ici, les psychanalystes de tous bords croisent, les thérapeutes de famille de tous poils, dans un compagnonnage fait d’anthropologues, de linguistes, de sémioticiens et de philosophes. Un livre qui donne envie d’explorer une problématique qui par sa nature même pourrait parfois nous inviter à s’en détourner. 

Noëlle qui aime les livres qui font du bien (comme on la comprend !) a lu Debout les vieux d’Ondine Khayat. Léonce a beau avoir 72 ans, être mise à la retraite du jour au lendemain lui reste en travers la gorge. Et puis que va-t-elle faire de ses journées, de sa solitude, des souvenirs – douloureux – qui remontent à la surface ? Soudain, elle se sent vieille, et inutile... ce qui n'arrange en rien son mauvais caractère. Qu'à cela ne tienne, ses voisins de la Résidence des Mouettes décident de la sortir de ce début de dépression… C’est drôle, mais aussi émouvant. Elle a également beaucoup aimé Les yeux des chiens ont toujours soif de Georges Bonnet. L’auteur nous relate la rencontre d'Émile et Louise, septuagénaires jusqu'alors solitaires et confinés entre appartement, jardin public et cimetière, mais finalement sujets aux plus intenses débordements du cœur. Ces êtres - auxquels il ne doit, en principe, plus rien arriver - sont vulnérables à l'amour, à ses joies comme à ses peines, quand même il ne leur viendrait pas à l'esprit de nommer le sentiment qui les traverse et les rend à la vie. Des livres qui remontent le moral !

Enfin Céline a clôturé la séance avec Comment ne pas tuer une araignée d’Alex Epstein. Les énigmatiques histoires d’Alex Epstein sont de petits poèmes en prose, parfois d’une seule ligne, souvent de moins d’une page. 87 fictions ironiques et philosophiques à la fois, qui peuvent se lire d’un trait ou bien se savourer à petites gorgées. Drôles de paraboles mêlant fréquemment l’histoire à l’imaginaire, elles explorent des thèmes liés aux anges, au mysticisme, à la mythologie, aux livres, à différents voyages, à la géographie, aux animaux mystérieux… Leur brièveté, qui a pour effet d’obliger le lecteur à concentrer son attention, lui fait aussi prendre conscience de tout ce qui peut être dit en si peu d’espace.

 Le prochain café littéraire aura lieu le mardi 9 mai

Atelier d'écriture du 8 mars !

C’était le mardi 8 mars, pour cet atelier d’écriture nous avions prévu le thème de la poésie dans le cadre du « Printemps des poètes ». Comme c’était également la « journée des droits de la femme », nous avons tenté d’allier les deux.
Le premier jeu d’écriture consistait à écrire à partir d’une photo de femme.
Françoise a choisi cette photo




FEU
Elle lit
Elle relit
La cheminée accompagne ses tranquillités
Les flammes de l incertitude, chaleurs
Martèlent son cœur et ses rancœurs.
Dans ses yeux rêveurs, lecteurs
A-t-elle un frémissement d’humeur ?
De ses effilés doigts de pianiste
Elle effleure les pages intimistes…
Romans, poésies ou miscellanées
Ses pensées se noient dans son éternité.

Denis V a écrit à partir de celle-ci : 



Vers quels horizons
Une guitare en bandoulière
Et quelques chansons
Les pieds bien sur terre
Je m’éloigne doucement
De mes amours de mes amants
Vers des jours plus heureux

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